La convergence des données scientifiques autour du changement climatique rend urgente la mise en oeuvre de solutions favorisant la réduction des émissions de CO2 .
S'agissant du CO2 émis par les grosses installations industrielles lors de la combustion des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), les espoirs se tournent vers la voie du captage et du stockage géologique du CO2 . Des technologies innovantes, et sur lesquelles IFP Energies nouvelles est leader, sont étudiées un peu partout dans le monde pour que cette voie devienne industrielle d'ici 2020.
Claude Mabile, Directeur adjoint du Centre de Résultats Exploration-Production à IFP Energies nouvelles fait le point sur ces technologies.
C.M. : Il s'agit de récupérer le CO2 émis en grande quantité par les industries lourdes (centrales thermiques, aciéries, cimenteries, raffineries, etc.), avant ou après la combustion des matières premières (pétrole, gaz ou charbon), puis de le stocker pendant plusieurs siècles sous terre dans des structures géologiques profondes d'au moins 800 mètres. C'est un enjeu important car ces installations industrielles sont responsables de près du tiers des émissions de CO2 dans le monde.
C.M
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Il faut distinguer les 2 étapes de la filière :
Pour la première étape qu'on appelle le captage – qui consiste à piéger le CO2
issu de la combustion – il y a plusieurs technologies possibles : soit le CO2
est capté dans les fumées (postcombustion), soit le combustible est brûlé avec de l'oxygène presque pur et les fumées contiennent alors essentiellement du CO2
(oxycombustion). Enfin, il existe une voie où, à partir du combustible, on fabrique de l'hydrogène dont la combustion ne génère pas de CO2
. L'industrialisation de ces différentes technologies plus ou moins matures est une affaire de réduction des coûts ; le captage représente, en effet, environ 70 % du coût total de la filière. Les technologies sont relativement bien maîtrisées mais elles sont fortement consommatrices d'énergie. Les recherches actuelles portent donc sur l'amélioration de l'efficacité énergétique des procédés. De nouveaux procédés en rupture technologique sont aussi étudiés car c'est la seule façon de réduire de façon très importante le coût de cette étape.
En ce qui concerne le stockage géologique, l'enjeu prioritaire est de garantir la fiabilité et la sécurité. Le stockage de gaz dans des formations géologiques se pratique déjà à l'échelle industrielle. Mais dans le cas du stockage géologique du CO2
, il faut s'assurer de la capacité des sites de stockage à confiner le CO2
injecté sur le long terme. Pour ce faire, il faut qualifier les sites avant injection, c'est-à-dire bien comprendre les processus chimiques et physiques en jeu dans les formations géologiques susceptibles de recevoir le CO2
, étudier l'impact du CO2
sur le réservoir et son environnement et, enfin, mettre en place des techniques de contrôle et de surveillance. Une analyse de risques poussée est aussi nécessaire pour s'assurer que, sur le site choisi, la percolation éventuelle du CO2
vers la surface n'entraînera aucune conséquence sur l'environnement et les personnes. Par ailleurs, il existe des gisements géologiques naturels de CO2
en place depuis des milliers d'années, dont l'étude nous aide à mieux comprendre le comportement du CO2
dans le sous-sol.
C.M
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Encore confidentielle il y a une dizaine d'années, cette technologie fait aujourd'hui l'objet d'un intérêt sans précédent. Après les études en laboratoire, nous entrons dans la phase de l'expérimentation et de la démonstration. Les projets d'installations pilotes se multiplient, en Europe notamment, témoignant de la confiance des industriels dans cette technologie. En Allemagne, Vattenfall, EON et RWE ont des projets pilotes de centrales sans émission de CO2
. Sur le site de Sleipner en Mer du Nord, du CO2
est injecté depuis 10 ans dans une formation souterraine. En France, Total met en oeuvre un projet à Lacq qui intègre le captage et le stockage. Veolia Environnement vient également d'annoncer le lancement d'un projet de captage/stockage en Seine-et-Marne. Au Royaume-Uni, BP lance aussi une première réalisation industrielle dans ce domaine.
Parallèlement, les actions pour constituer un cadre juridique et informer l'opinion publique sont en marche. La Commission européenne a présenté en janvier dernier un projet de directive proposant un cadre réglementaire. Dans ce contexte, le captage et le stockage du CO2
pourraient se développer, à une échelle industrielle, d'ici 10 à 15 ans.
C.M
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IFP Energies nouvelles est un chef de file important dans le domaine du captage et du stockage tant à l'échelle nationale, qu'européenne et internationale. Nous sommes fortement engagés dans la recherche de technologies nouvelles sur l'ensemble de la filière, les compétences nécessaires à leur développement étant similaires à celles mises en oeuvre dans le cadre de l'exploitation pétrolière. IFP Energies nouvelles coordonne de nombreux projets - ou y participe - menés dans le cadre de l'Agence Nationale de la Recherche, de l'ADEME et de l'Union Européenne, en partenariat avec les universités, les centres de recherche et les industriels du secteur, en vue de maîtriser l'ensemble de la problématique du captage, du transport et du stockage.
En particulier, IFP Energies nouvelles a été leader du projet européen Castor qui a permis, entre autres, de démontrer sur un pilote industriel la faisabilité de capter du CO2
dans des fumées issues de la combustion du charbon. Sur cette base, IFP Energies nouvelles développe un procédé industriel de captage du CO2 en postcombustion.
IFP Energies nouvelles développe un outil informatique, appelé Coores™, qui permet de simuler l'interaction du CO2
injecté avec les fluides en place et les roches d'une formation souterraine. Cet outil très innovant est capable de modéliser ce qui se passe aux abords des puits mais aussi à l'échelle régionale, et ceci sur de très longues échelles de temps. Couplé à des méthodologies d'évaluation des risques en cours de développement à IFP Energies nouvelles, il permettra d'évaluer les risques associés à un site de stockage et de tester l'efficacité de solutions préventives à une percolation éventuelle du CO2
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Enfin nous développons des systèmes de détection très pointus qui permettront de suivre l'évolution du CO2
dans le sous-sol et de détecter toute percolation du CO2
vers la surface.
C.M
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Les investissements de "précaution" que sa mise en oeuvre implique seront bien moins coûteux que les investissements de réparation qui devront être réalisés en cas de changement climatique majeur. Il faut cependant évaluer précisément les risques liés au stockage géologique et développer les technologies qui permettront de suivre l'évolution des sites et qui assureront leur intégrité sur le long terme.
Il faut considérer cet effort financier comme indispensable dans la période transitoire entre les actuelles énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), qui occuperont encore une place dominante dans les prochaines décennies, et les énergies alternatives - énergies renouvelables et futures énergies (solaire, éolien, fusion nucléaire) - qui ne sont pas encore matures pour prendre massivement le relais.
Dans un contexte d'utilisation durable des énergies fossiles, la maîtrise des émissions de CO2
est incontournable. Et dans le domaine de l'industrie, la voie du stockage géologique apparaît comme la seule en mesure de traiter le problème à grande échelle. Mais cette solution n'est pas la seule à pouvoir contribuer à la réduction des émissions de CO2
. Il faut parallèlement améliorer l'efficacité énergétique, développer les énergies renouvelables et modifier nos comportements dans la consommation d'énergie.
Télécharger les fiches sur le stockage du CO 2 :
Philippe Delaplace, chercheur à IFP Energies nouvelles nous répond. [Août 2009]
N°10 - Novembre 2009
François Kalaydjian, directeur des technologies durables à IFP Energies nouvelles, explique en quoi consiste le captage du CO2
et quels sont les développements technologiques en cours pour en diminuer les coûts. [Janvier 2010]