Si le stockage souterrain du CO2 est une technologie jugée prometteuse pour réduire les émissions provenant des grandes installations industrielles (centrales thermiques, cimenteries, aciéries, etc.), il n'en suscite pas moins une question légitime : « Que devient le CO2 injecté dans le sous-sol ? ».
Philippe Delaplace, chercheur à IFP Energies nouvelles nous répond.
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Le CO2
pourra être stocké dans d'anciens gisements de pétrole ou de gaz naturel ayant déjà fait la preuve de leur étanchéité et dont la mise en production a suffisamment fait baisser la pression interne.
Il sera donc possible de les "regonfler" avec du CO2
jusqu'à une pression un peu inférieure à leur pression d'origine. Il est également envisagé de stocker le CO2
dans des aquifères salins, formations géologiques remplies d'eau salée impropre à la consommation, situées entre 800 et 3000 mètres de profondeur.
Dans ces deux cas, le CO2
sera injecté dans une roche de type "réservoir" c'est-à-dire une roche poreuse et perméable (grès ou calcaire) surmontée d'une formation géologique étanche (argileuse ou argilo-calcaire) appelée roche "couverture".
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Cela suppose de bien connaître la géologie des sites envisagés mais aussi la composition minérale et les propriétés des roches « réservoir » et « couverture ».
Le choix ultime des sites reposera sur des simulations numériques comparatives permettant de tester différents scénarios d'injection. De telles simulations peuvent déjà être réalisées à l'aide d'un logiciel spécialement développé à IFP Energies nouvelles : Coores™, logiciel qui intègre les lois d'écoulement en milieu poreux (plusieurs fluides pouvant s'écouler simultanément) et les lois de la géochimie (interactions Eau ↔ CO2
↔ Roche). Cet outil permet d'optimiser la phase d'injection en prenant en compte la problématique débit/pression mais il peut aussi rendre compte du comportement du CO2
à moyen et à très long terme.
L'étude des gisements naturels de CO2
nous aide également à mieux comprendre le comportement à long terme du CO2
et à identifier les cas les plus favorables à son confinement du point de vue de la géochimie.
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Le CO2
est comprimé et injecté sous forme dite « supercritique » (température supérieure à 31 ° et pression supérieure à 73 bar) c'est-à-dire avec des propriétés idéales pour être transporté (viscosité d'un gaz) et stocké (densité d'un liquide). Ceci dit, avec une densité d'environ 0,5, il reste sensiblement plus léger que l'eau salée présente dans l'aquifère; il va donc remonter, à la verticale d'abord puis le long du toit de l'aquifère, pour venir s'accumuler sous la roche « couverture ». On parle alors de piégeage structurel. Mais en remontant, une partie du CO2
reste piégée dans la roche réservoir sous forme de petites bulles coincées dans les pores : c'est le piégeage capillaire. Plus le CO2
initial parcourra de distance avant d'être stoppé par un obstacle naturel et plus la part du piégeage capillaire sera importante.
Au cours du temps, ce CO2
piégé dans la roche réservoir va se dissoudre peu à peu dans l'eau. C'est le piégeage par dissolution. L'eau chargée en CO2
dissous (jusqu'à 44 g par litre), plus lourde que l'eau environnante, va donc migrer au fond du réservoir. Des réactions chimiques avec la roche transformeront alors ce CO2
dissous en minéraux carbonatés. On parle de piégeage minéral mais ceci concerne une échelle de temps de plusieurs milliers d'années.
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Rappelons d'abord que le CO2
fait partie des grands acteurs de la biochimie terrestre et, qu'aux teneurs habituellement rencontrées, il n'est absolument pas dangereux. Il contribue à l'effet de serre, phénomène naturel sans lequel la température moyenne sur terre serait non pas de 15° mais de -18°C ! Le problème actuellement est qu'il est produit en beaucoup trop grande quantité par les activités humaines (combustion du pétrole, du gaz et du charbon). Rappelons aussi que la plupart des gaziers - dont GDF SUEZ en France - stockent en toute sécurité du gaz naturel dans le sous-sol, en général durant l'été, pour le re-extraire une fois l'hiver venu.
Seule une fuite massive pourrait avoir un impact sur la sécurité des personnes. Mais un tel risque paraît improbable : le CO2
stocké en profondeur ne devrait pas se libérer soudainement par le milieu naturel et franchir les couches géologiques imperméables qui le séparent de l'atmosphère. De plus, des dispositifs de surveillance rigoureux seront mis en place ; nous aurons le temps de réagir et de prendre les mesures correctives nécessaires au moindre mouvement anormal.
Enfin, nous avons vu que la sûreté du stockage augmente naturellement avec le temps. En maximisant le piégeage capillaire au détriment du piégeage structurel, on minimise le risque de remontée accidentelle dans les premiers temps du stockage. On privilégiera donc les sites ou/et les scénarios qui favoriseront une dissolution rapide du CO2
dans l'eau salée des aquifères.
Claude Mabile, Directeur adjoint du Centre de Résultats Exploration-Production à IFP Energies nouvelles fait le point sur ces technologies. [Avril 2008]
François Kalaydjian, directeur des technologies durables à IFP Energies nouvelles, explique en quoi consiste le captage du CO2
et quels sont les développements technologiques en cours pour en diminuer les coûts. [Janvier 2010]