Le 2 août 2007, une équipe scientifique russe plantait un drapeau en titane à 4000 mètres sous l'eau, à la verticale du pôle dans l'océan arctique. Si l'exploit russe est avant tout destiné à prouver que le pays dispose toujours d'un savoir faire technique important, il a ravivé les convoitises des pays limitrophes sur les richesses de la région : Russie, Canada, États-Unis, Norvège et Danemark. L'exploitation de cette région, supposée très riche en hydrocarbures (pétrole et gaz), permet d'envisager le développement de nouveaux gisements dans un contexte de croissance rapide de la demande.
Yves Mathieu, chef de projet, répond à nos questions.
Y.M. : De façon un peu provocante, on peut dire que la fonte progressive de la banquise au pôle nord, observée depuis quelques années et imputée au changement climatique, va rendre possible l'extraction des richesses de l'Arctique.
Même si la mise en production de gisements d'hydrocarbures dans la région exige des coûts d'investissement très élevés et la mise en oeuvre d'infrastructures adaptées pour extraire, produire et acheminer le brut et le gaz vers les zones de consommation, le prix actuellement élevé du baril rend ce type d'exploitation au-delà du cercle polaire rentable. Et face à la croissance de la demande, notamment de la part de la Chine, il devient nécessaire d'explorer de nouveaux territoires.
Par ailleurs, les tensions géopolitiques observées dans certains pays du Golfe, mais également au Nigeria et au Venezuela, poussent les pays consommateurs à diversifier leurs approvisionnements pour garantir leur niveau de consommation en limitant les risques politiques.
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Y.M. : L'océan Arctique fait environ 40 fois la France. Dans cette zone, on a déjà découvert 20 milliards de barils de pétrole et de 8 000 milliards de m3 de gaz. Mais seul 1/10ème de la région a été exploré, aussi une estimation des réserves totales tourne autour de 80 000 milliards de m3 de gaz (réserves sous-estimées selon certains experts) et 200 milliards de barils de brut (estimation qui paraît très optimiste). Il est intéressant de rapprocher ces chiffres de la consommation actuelle d'hydrocarbures : 30 milliards de barils de pétrole et 3 000 milliards de m3 de gaz par an. Les réserves potentielles de l'Arctique permettraient donc de faire face à 7 années de consommation pétrolière au rythme actuel, et à 30 années de consommation de gaz. |
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Télécharger la carte : Zones à potentialités en hydrocarbures (PDF - 12.8 Mo) |
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Y.M. : Il se trouve que les zones potentiellement aptes à contenir des hydrocarbures en Arctique se trouvent à 95 % à l'intérieur de la zone territoriale des 200 milles marins de chacun des 5 états concernés. L'extension éventuelle des domaines territoriaux ne permettrait donc d'acquérir que les 5 % restants, sans certitude que ceux-ci contiendront suffisamment d'hydrocarbures pour être exploitables... |
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Télécharger la carte : Limites des eaux territoriales (PDF - 10.7 Mo) |
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Y.M. : En tant que centre de recherche, l'IFP développe des technologies destinées à repousser les limites du possible dans l’exploration et la production du pétrole et du gaz. Parce que l’exploration des hydrocarbures s’est faite jusqu’alors sur les sites les plus faciles d'accès, nos chercheurs inventent et fournissent les technologies qui permettront d’aller là où l’on ne va pas aujourd’hui : plus loin, plus profondément, plus efficacement, plus longtemps. La production en conditions extrêmes, comme dans l'océan Arctique, fait partie des programmes de recherche de l'IFP, au même titre que les travaux menés sur les pétroles "technologiques" (plus lourds, plus visqueux et donc plus difficiles à produire et à raffiner). Quelles que soient les technologies mises en oeuvre, il faudra de toute façon que les découvertes soient suffisantes pour amortir les coûts des investissements locaux et régionaux. |
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Télécharger la carte : Accessibilité technique des zones maritimes (PDF - 10.1 Mo) |